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L’année dernière, l’éditeur de logiciels dans lequel je travaille a rénové entièrement les locaux. La rénovation s’est soldée par quelques abattages de cloisons pour gagner de la place et la plupart des bureaux sont maintenant organisés en open-space.

N’ayant pas d’expérience dans des domaines tels que la vente ou le marketing, je ne sais pas si cela leur permet de mieux travailler, ou bien si au contraire cela freine leur créativité ou les empêche de conclure certaines ventes. En revanche, mettre une vingtaine de développeurs dans un open-space, c’est absurde (mais moins que de mettre des commerciaux et des développeurs dans un même open-space).

Voici une équation simple pour mettre en lumière l’absurdité:

Développeurs + open-space = productivité faible + bugs

L’open-space est un mauvais endroit pour faire travailler un développeur car il concentre deux faiblesses : c’est un endroit bruyant, et c’est endroit sans intimité.

A moins de travailler pour la NSA, les développeurs sont en contact avec toutes sortes de gens: d’autres développeurs qui viennent leur demander conseil, des clients ou des collègues du département support qui les appellent au téléphone, etc. Mettons que chaque développeur est ainsi dérangé 2 à 3 fois par jour pendant 5 à 10 minutes ; Dans un open-space avec 20 développeurs, cela veut dire qu’il y aura quasiment à tout moment de la journée, une conversation en cours, et donc du bruit toute la journée. Pas facile de se concentrer dans ces conditions…

De plus, dans un open-space où tout le monde est « visible », il est plus facile d’aller déranger son collègue pour savoir pourquoi il a renommé la méthode titi de la classe Toto plutôt que d’aller regarder dans l’historique de Subversion.

Or une étude (lire Peopleware, Chapitre 9) a montré qu’un développeur mettait en moyenne 10 minutes à “rentrer” dans le code qu’il était en train d’écrire. Au bout de 10 minutes de programmation, un développeur sait exactement quelles fonctions il est en train d’écrire, quelles autres classes il faudra qu’il modifie suite aux changements qu’il est en train d’effectuer, etc. On peut le comparer à un jongleur qui jonglerait avec une dizaine de massues.

Au début il commence avec une massue, et toutes les minutes il peut en rajouter une. Au bout de 10 minutes, il jongle avec toutes ses massues. Maintenant, un équilibriste arrive et demande à notre jongleur de bien vouloir l’aider à tendre son fil. Le jongleur cesse de jongler, pose ses boules et aide bien amicalement son collègue. A la suite de quoi, le jongleur recommence à jongler, avec une massue d’abord, puis au bout de 10 minutes avec toutes ses massues. Il en va de même du développeur. Interrompez-le 2 minutes et il lui faudra 10 minutes pour reprendre son “rythme” de croisière.

On peut même prolonger l’analogie avec le jongleur: dérangez le jongleur, en lui posant une question, en lui racontant une bonne blague, ou juste en aillant une conversation animée avec l’équilibriste et il risque de se déconcentrer et de faire tomber une boule. Dérangez le développeur et il risque d’écrire un bug!

Pour augmenter la productivité et la qualité des développements d’une équipe, il faut éviter de distraire incessamment les développeurs. Et un open-space c’est un endroit plein de distractions…

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Eloignez votre patron, vos collègues de votre écran et répondez sincèrement à ces questions?

  • Prenez-vous du plaisir à faire ce que vous faites au boulot?
  • Eprouvez-vous de la fierté à effectuer votre job?
  • Etes-vous heureux d’exercer ce métier qui est le votre?

Si vous avez répondu non à toutes ces questions, passez votre chemin, ce blog n’est pas fait pour vous. Si en revanche, comme moi, vous avez répondu oui, lisez attentivement ce qui suit: Vous ne travaillez peut-être pas dans la bonne entreprise.

Car voyez-vous la plupart des entreprises ne sont pas faite pour vous, ni pour moi. Ces entreprises et leurs managers ont une opinion de vous qui n’est pas très reluisante. Savez-vous vraiment ce qu’ils pensent de vous et de vos collègues? Cela se résume selon Douglas McGregor en quelques règles simples (également appelés Théorie X):

  • Règle numéro 1: Les gens détestent le travail.
  • Règle numéro 2: Les gens doivent être dirigés et menacés pour faire en sorte qu’ils remplissent les objectifs fixés par l’entreprise.
  • Règle numéro 3: Les gens aiment la sécurité, ne sont pas ambitieux, aiment qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire et fuient les responsabilités comme la peste.
  • Règle numéro 4: Les gens aiment l’argent par dessus tout.

Ces règles s’appliquaient peut-être au XIXème siècle dans les mines de charbon où le travail était particulièrement difficile et les employés peu éduqués, mais plus aujourd’hui quand la plupart des employés de n’importe quelle entreprise informatique sont des Bac+5. Ces entreprises sont passées à coté des profonds changements qui se sont produit dans nos pays industrialisés ces 50 dernières années.

Heureusement, certains manager ont bien compris que l’on n’obtient pas forcement ce qu’on veut avec une carotte et un baton. Ces managers pensent que les gens ne sont pas fondamentalement fainéants et stupide. C’est la Théorie Y:

  • Règle numéro 1: Les gens aiment le travail, tout comme ils aiment les loisirs et le repos.
  • Règle numéro 2: Les gens n’ont pas à être forcés ou menacés pour remplir des objectifs. S’ils s’engagent à remplir des objectifs, ils mettront bien plus de moyens pour y parvenir que tout ce qu’un manager peut espérer.
  • Règle numéro 3: Les gens ne s’engageront que sur des objectifs qui leur permet soit d’augmenter leur auto-satisfaction (raaah…comment je suis trop bon!) ou de s’améliorer (ouaah…comme j’ai progressé par rapport à l’an dernier).

Ces entreprises sont peu nombreuses et leurs pratiques de management gagneraient à être mieux connues. Mais cela va peut-être changer rapidement grâce à l’irrésistible ascension de Google (et ses méthodes de management). J’espère qu’il deviendra vite un modèle pour tous les managers.

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